Depuis le 6 octobre 2025, la prévention des risques psychosociaux n’est plus un simple enjeu de bienveillance organisationnelle. Elle devient une obligation légale pour tous les employeurs du Québec, en vertu de la Loi 27 qui modernise le régime de santé et de sécurité du travail (CNESST, 2025). Cette réforme reconnaît que la santé psychologique au travail relève d’une responsabilité collective et organisationnelle. Autrement dit, il faut désormais s’attaquer à l’une des racines du problème : l’organisation du travail elle-même.
Les facteurs de risques psychosociaux et les risques psychosociaux au travail (RPS) sont définis comme des « facteurs liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi et aux relations sociales qui peuvent porter atteinte à la santé mentale ou physique des travailleuses et travailleurs » (INSPQ, 2016, 2025). Les facteurs de risques psychosociaux sont les conditions propices à l’émergence de problèmes de santé psychologique, comme la charge de travail élevée et les contraintes de temps, la faible autonomie décisionnelle ou le manque de reconnaissance. Les risques psychosociaux, eux, sont les manifestations possibles ou les conséquences observables de ces facteurs, notamment, le harcèlement psychologique ou sexuel, la violence en milieu de travail (y compris conjugale ou familiale) et l’exposition à des événements potentiellement traumatisants. Ensemble, ils forment une réalité que les organisations doivent apprendre à évaluer et à prévenir.
Pour les organisations, cette nouvelle exigence légale peut sembler complexe : par où commencer? Comment mesurer? Et surtout, comment agir?
C’est en s’inspirant de ces questions, et portée par les projets de nos clients (mention spéciale à Annick Paradis, de Logisco), que Alia Conseil a choisi de repenser son outil signature l’Engage-O-MètreMD afin qu’il puisse évaluer simultanément la présence des RPS et le niveau d’engagement des employés. La nouvelle version repose sur l’idée que les facteurs d’engagement et les RPS constituent les deux faces d’une même réalité. Plus précisément, les facteurs d’engagement, comme la reconnaissance, la clarté, le soutien ou l’autonomie, agissent en facteur de protection, soutenant la santé de l’organisation. À l’opposé, les facteurs de risque, tels que la surcharge de travail, le manque de communication ou le sentiment d’injustice, mettent l’organisation à risque. En permettant aux organisations de cibler plus précisément leurs forces (facteurs de protection) et leurs pistes d’amélioration (facteurs de risques), notre souhait est de fournir aux organisations une vision intégrée de la santé de leur organisation, facilitant le passage de la mesure à l’action.
La démarche proposée repose donc sur une logique simple, mais puissante : comprendre, agir, puis soutenir dans le temps.
- Comprendre, c’est d’abord traduire les données issues de l’évaluation des facteurs de risques psychosociaux et des risques psychosociaux en constats clairs, qui parlent autant à la direction qu’aux employés.
- Agir, c’est poser des gestes concrets, visibles et crédibles, qui traduisent une réelle volonté d’amélioration.
- Soutenir, c’est maintenir le cap en intégrant le suivi des indicateurs dans la gestion courante pour évaluer l’évolution des actions et ajuster le tir au besoin. Cette approche permet de boucler la boucle entre la mesure, l’action et le réajustement, en ancrant la prévention dans un processus d’amélioration continue.
Pour enrichir une démarche d’évaluation des RPS, il peut être intéressant de croiser plusieurs sources d’information afin d’obtenir une lecture plus complète de la santé organisationnelle. Les données issues d’un sondage, par exemple, peuvent être complétées par des indicateurs déjà en place, comme les taux d’absentéisme ou de roulement, l’utilisation des banques de congés ou encore le nombre de plaintes et de griefs déposés. Les observations faites par les gestionnaires et les conseillers RH par l’entremise de grilles d’observation structurées peuvent aussi ajouter une perspective qualitative précieuse, tout comme la réalisation de groupes de discussion. Cette dernière méthode favorise particulièrement l’identification de risques pointus associés à l’équipe évaluée ainsi que la coconstruction de solutions adaptées.
Si chacune de ces méthodes, prises isolément, offre une vision partielle, combinées, elles permettent de dresser un portrait plus juste et plus nuancé de la santé organisationnelle.
Prévenir les facteurs de risques psychosociaux et les risques psychosociaux ne se limite donc pas à cocher une case de conformité. C’est une responsabilité collective qui repose sur l’ensemble de l’organisation. Les gestionnaires y jouent un rôle central, ils incarnent la clarté, la reconnaissance et le soutien au quotidien. Chaque action, même simple, contribue à renforcer la santé psychologique et la mobilisation des équipes. Offrir un espace d’écoute, valoriser les réussites, clarifier les priorités ou simplement reconnaître un effort sont autant de gestes qui, répétés et cohérents, créent un climat de confiance durable. Ce sont ces petits pas constants qui, au fil du temps, transforment véritablement la culture de travail.
La Loi 27 place les facteurs de risques psychosociaux et les risques psychosociaux au cœur des responsabilités des employeurs, mais elle leur offre aussi une occasion unique de revoir leurs pratiques à la lumière de la science et en mettant l’humain au premier plan. La nouvelle version de l’Engage-O-Mètre s’inscrit dans cette vision. En conjuguant rigueur de mesure, écoute des employés et engagement, nous croyons qu’il sera possible, pour nos employeurs québécois, de transformer une obligation légale en une opportunité de bien-être collectif.
Références
Institut national de santé publique du Québec (octobre 2025). Risques psychosociaux du travail. https://www.inspq.qc.ca/risques-psychosociaux-du-travail-et-promotion-de-la-sante-des-travailleurs/risques-psychosociaux-du-travail
CNESST (octobre 2025). Risques psychosociaux liés au travail. https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/sante-psychologique/risques-psychosociaux-lies-au-travail
